Jan 20

Depuis les attentats de début janvier en France vous êtes nombreux à découvrir les livres d’Adrien Morel et je vous en remercie. Depuis six ans, j’ai publié six livres traitant des relations entre religion, civilisation, politique et même science. En prenant partie délibérément pour une laïcité revisitée à la lumière de ce que les sciences humaines permettent aujourd’hui de comprendre aussi bien de la religion que de la politique, la morale, ou la spiritualité.
J’affirme que le problème de notre civilisation est sa laïcité. C’est à dire la conception première de la laïcité, contemporaine idéologiquement des conceptions premières et surnaturalistes des religions dont elle prétendait se démarquer. Le résultat est là, dans cet affrontement d’obscurantismes. Il est temps que nous en sortions et je suis content de ne plus être seul à le penser. Vous trouverez le reste dans mes livres et je vous remercie de venir l’y chercher.

écrit par Adrien Morel \\ tags: , , , , ,

Déc 31

Texte extrait de Sciences de l’Homme & Métiers de l’Humain

tome 3 : Du général à l’universel

L’intégrisme est la conception de la morale fondée sur la réduction de l’homme à son instinct. Le totalitarisme est la réduction de la société à la fourmilière ou à la ruche. Les deux ont en commun la négation, la perte, de la dimension culturelle de l’humain par sa réduction à une conception naturelle, animale, de l’homme.

La nature et les sciences de la nature, dont nous avons vu que la surnature est le corollaire, déterminent, quand on les prend comme référence pour organiser les sociétés humaines, des sociétés totalitaires. Un ordre rigide, im­muable, réactionnaire, accessoirement masculin, et qui se pense éternel, d’autant plus qu’il se veut fondé sur des lois qui précisément prétendent dépasser la logique et la légi­timité humaine, en étant d’origine soit « naturelle», soit « surnaturelle ».

Face à cette logique totalitaire, les sciences de la culture, qui prennent en compte la dimension spéci­fique de l’homme, en la sortant de la nature et en la retirant à la surnature, introduisent la relativité et l’historicité.

Positivisme, intégrisme, et totalitarisme ont en com­mun la réduction de l’homme à une dimension naturelle, à une logique naturaliste. L’intégrisme étant la conception positiviste de la morale, et le totalitarisme la conception positiviste de la société.

Toute conception naturaliste de l’homme à l’époque des sciences de la culture est, par définition, anachronique et rétrograde. Car elle passe à côté de ce qui constitue, caractérise et définit l’homme.

De là l’intérêt et la nécessité de dissocier les niveaux, nature et culture, et les sciences qui en traitent. Malheu­reusement, l’humanisme n’en est pas encore là. Pour l’es­sentiel, l’humanisme est encore très naturaliste. En ce qui concerne les droits de l’homme, par exemple, on parle encore de « droits naturels ». cf. également ce que nous avons évoqué à propos de l’intelligence, en tant que capacité supposée « naturelle », avec tous les préjugés que cela implique, dans sa définition, comme dans sa « mesure », etc., avant même de l’avoir rencontrée.

Les excès et les dérapages pseudo scientifiques de tous les tyrans du XXe siècle, qui ont cherché à bâtir, au nom de la science, qui un « homme nouveau », qui une « race supérieure », ont dé­tourné les humanistes de toute velléité authentiquement scientifique, dans la recherche d’une compréhension de la dimension culturelle de l’humanité.

C’est dommage. Car faute d’avoir jusqu’à présent théori­sé la nécessité d’un changement de registre scientifique pour accéder à la compréhension de l’humain, l’huma­nisme est resté prisonnier d’un antiscientisme primaire.

L’humaniste bon teint ne veut plus entendre parler de « sciences humaines ». À la rigueur de sciences sociales, descriptives et relativistes.

Paradoxalement, les sciences de la nature sont consti­tuées, par les humanistes, comme le modèle de la science. Et l’homme, dans la dimension culturelle qui caractérise son humanité, est considéré comme échappant à toute ap­proche scientifique. L’humanisme consacre ainsi dans la science le triomphe du naturalisme. Complété, en dehors d’elle, par une théologie ou une philoso­phie qui produisent essentiellement de la morale. Le som­met de l’humanisme étant localisé dans la philosophie des lumières, l’humanisme, dans sa conception de l’homme, est resté arrêté au XVIIIe siècle.

Du coup, les freins étant bloqués, et ne croyant plus dans un progrès social qui viendrait de la science — à juste titre, celle-ci étant confondue avec les sciences de la nature — l’époque a jeté l’éponge et abandonné le combat scien­tifique sur un arrêt du match.

Cet arrêt constitue la panne actuelle de la société occidentale. Au-delà des sciences de la nature, point de science. Chacun pense ce qu’il veut et comme il peut. La place est donc libre pour le retour des idéologies les plus rétrogrades, dans le domaine politique comme religieux.

À défaut de sciences de la culture, l’humain est donc abordé par la conjonction de la biologie pour la dimension naturelle et des sciences sociales pour le reste. Biologie et sciences sociales se rencontrent dans la médecine. Où la politique et la morale reviennent discrètement sous une forme naturaliste et édulcorée, à travers l’humanitaire et la santé. L’humanitaire, c’est la politique vue par les méde­cins, qui interviennent sur les lieux où l’intégrité physique des personnes est menacée. La santé, c’est la morale vue par les médecins. Au nom de laquelle on ne doit pas manger ceci, fumer ou boire cela, ni conduire au-delà d’une certaine vitesse.

Pour le reste, débrouillez-vous. Chacun fait comme il peut et on ne croit plus en aucun système.

Dans la fin de cycle de la civilisation que nous vivons actuellement, cet arrêt de la science dans sa forme du XVIIIe siècle, postulé par l’humanisme est objectivement obscurantiste.

Je considère les sciences de la culture, telles que l’an­thropologie clinique les définit, comme une alternative et une issue pour remettre en route et la pensée et la civilisa­tion.

Suite page 147

écrit par Adrien Morel \\ tags: , ,

Déc 21

Ce texte est le préambule

au tome 2 de « Sciences de l’Homme & Métiers de l’Humain »

qui est sous titré « De l’empirie à l’ingénierie »

Méthodes et concepts

J’ai consacré le tome 1 de ce livre à le démontrer mais je ne suis pas certain d’avoir écrit explicitement ce qui suit pour mon lecteur.

Les sciences de type II, sciences de la règle et de la méthode, se calfeutrent derrière le strict respect d’un formalisme méthodologique qui leur donne l’illusion de la science, mais ne les guérit pas d’être des sciences de la notion et de l’opinion. Elles produisent de l’idéologie.

Ce formalisme est simultanément un indice d’appartenance corporatiste. Il signe l’appartenance à la corporation des professionnels de la science. Ceux, universitaires, chercheurs, etc. qui socialement peuvent prétendre que leur propos est scientifique. Même, précisément, quand ils produisent de l’idéologie.

Le jour où l’on dispose d’une science de type III on peut, simplement en s’appuyant sur des concepts ou des oppositions conceptuelles fondées  expérimentalement par la science de type III, proposer un raisonnement qui, sans s’embarrasser de ces méthodes, se pose à un niveau de scientificité supérieur à la totalité des productions de type II. En d’autres termes, n’importe quel ouvrage de vulgarisation sur la chimie dispose d’un niveau de scientificité supérieur à la totalité des productions de l’alchimie.

Je le démontre et l’illustre dans mes livres en ayant choisi, délibérément, l’indiscipline à la fois méthodologique et corporatiste pour m’adresser à un lecteur ouvert et libre vis-à-vis duquel, par contre, je ne cède pas sur la validation expérimentale des articulations conceptuelles sur lesquelles s’appuie mon raisonnement. Ceci permet, en toute simplicité, à mon propos de se situer à un niveau de scientificité supérieur à celui de la totalité des sciences sociales, soit à ceux qui font, avec méthode, métier de les produire. Voila ce que signifie, le passage des sciences de type II aux sciences de type III. Dans le raisonnement, le concept (de type III) disqualifie la méthode (de type II). En permettant d’atteindre un niveau de pertinence plus élevé.

Cela ne dispense pas, évidemment, les chercheurs de type III qui produisent expérimentalement ces concepts de le faire en respectant la méthodologie expérimentale (qui ne se réduit pas à la méthodologie descriptive des sciences sociales).

Grace à quoi, j’aborde des sujets aussi essentiels que la science ou la religion en prétendant en remontrer aux doctes, de type I et II, qui en font jusque là leur chasse gardée. Je n’y revendique aucun mérite, j’ai simplement rencontré avant eux une science de type III.

Cela dit, au lieu de se draper dans les lieux communs, préjugés, des sociétés contemporaines, sous prétexte qu’ils sont institués, nos doctes auraient pu essayer de penser, de réfléchir, de comprendre. Evidemment, il est plus facile et plus confortable de faire carrière en tant que docteur de l’académie plutôt que d’être le découvreur qui révolutionne l’académie. Celui-ci ne jouit bien souvent qu’à titre posthume, le jour où le tout monde a oublié les docteurs qui étaient ses contemporains.

N’étant pas fondateur de cette science de type III, plus modestement, par mon indiscipline j’amorce sur les sujets qui me semblent essentiels, une science appliquée, sans attendre l’échafaudage académique qui va la soutenir. Ce que faisant, je créée un métier qui me tient à cœur, celui d’ingénieur en civilisation. Et j’estime que cela passe par le fait de proposer au citoyen des sociétés modernes une manière moderne de penser sa société. Pour refaire le monde, on doit proposer au citoyen qui y vit une autre manière de le penser. Voilà pourquoi j’écris pour le citoyen, pas pour l’académie.

Enfin, puisqu’il est ici question de méthode, nous allons dans les pages suivantes découvrir à quoi nous en tenir sur la méthodologie des dites sciences sociales, en même temps que sur la pertinence des chercheurs qui avec elles formatent ceux qui nous gouvernent… Nous allons ainsi découvrir l’écart très concret qui sépare l’empirie de l’ingénierie.

écrit par Adrien Morel \\ tags: , ,

Juin 22

Différents aspects des relations entre la religion et l’histoire

(Extrait des pages 292 à 294 de Dieu & l’Homme, d’Adrien Morel).

Les religions traitent d’anthropologie, mais les églises, qui les interprètent sont nécessairement inscrites dans une société et dans une époque et à ce titre évoluent dans une dimension politique.
De ce fait, l’anthropologie, la politique et leurs rapports sont l’objet de différentes interprétations, à partir desquelles il est possible de définir des partis religieux. Plus précisément, la définition de ces partis se réduit en dernier lieu à leur conception de la surnature (ou de la transcendance).
Cela nous permet de distinguer sur les questions de religion des positions réactionnaires et progressistes. Ou, pour l’écrire autrement, une droite et une gauche :
A partir de leur conception de la surnature, nous définissons ainsi, indépendamment de la religion, une droite et une gauche. Peut être même des religions de droite et des religions de gauche.

Les éléments de cette alternative sont récapitulés dans le tableau ci-dessous.

Dans la colonne de gauche nous trouvons le dogme avec les deux aspects de son élaboration et de sa vérité. Dans les autres colonnes, les positions respectivement de la droite et de la gauche sur ces deux aspects.
Sur la ligne du bas les conséquences de ces positions sur les possibilités d‘évolution historique des religions.

Dogme Droite Gauche
Elaboration transcendante historique
Vérité historique transcendante
Evolution possible           –          +

Pour la droite : le dogme résulte de l’élaboration transcendante (hors histoire, révélée) d’une vérité historique.
Pour la gauche : le dogme résulte de l’élaboration historique (par les hommes) d’une vérité transcendante (hors histoire : anthropologique).

Gauche: admettre la dimension historique de l’élaboration du dogme c’est admettre qu’elle est d’origine humaine et surtout à partir de là, qu’elle peut continuer à évoluer.
Droite : la refuser c’est vouloir enfermer le dogme dans un état figé, arrêté une fois pour toutes à une époque historique érigée en canon.

Droite : vouloir mettre la vérité dans l’histoire, c’est refuser toute contradiction, tout écart, entre vérités historique et dogmatique. Cela condamne le dogme à exploser dès que les découvertes historiques le remettent en cause : virginité de Marie, fratrie de Jésus, descendance de Jésus, etc.
Gauche: mettre la vérité hors de l’histoire, c’est rechercher sa dimension anthropologique. Atteindre l’universel de l’homme, au delà de ses avatars et relativités historiques. Surtout : indépendamment de la façon pseudo historique dont la présente le dogme, interprétée comme une métaphore.

Pour nous, la transcendance est avant tout une opération logique d’abstraction. Cette opération dissocie la surnature, de la nature et de l’histoire. Pour aboutir à définir la surnature comme un registre indépendant. Transcendant par rapport à la nature et à l’histoire. C’est à dire hors d’elles et au dessus d’elles. En théorie, ces trois registres n’ont donc pas à  se rencontrer, ou tout au moins n’ont pas à se confondre.

C’est donc tout simplement à partir de leur conception de la surnature, et de ses relations avec les deux autres registres, nature et histoire, que nous pouvons définir, indépendamment de la religion, cette droite et cette gauche. Et même des religions de droite et des religions de gauche.

La droite se caractérise en ne menant pas jusqu’à son terme cette opération d’abstraction. Dans son interprétation, la surnature reste engluée à la fois dans la nature et dans l’histoire. La droite conserve en effet, comme nous l’avons vu dans les chapitres précédents, une conception naturaliste de la morale et historique de la vérité.
L’interprétation réactionnaire de la religion s’arrête ainsi en route et faute d’avoir abstrait la surnature, la chosifie. Tout en la laissant prise dans des lambeaux de nature et d’histoire. Aboutissant à cette conception à la fois surnaturelle de la religion, et réduisant l’homme à son animalité, en verrouillant toute historicité du dogme.

A l’inverse, l’interprétation que je qualifie de progressiste pousse jusqu’à son terme l’abstraction de la surnature et l’autonomise ainsi complètement de la nature comme de l’histoire.
La surnature ainsi considérée est prête pour le changement de paradigme autorisé par les sciences de la culture qui nous fait la réinterpréter comme un au delà de la conscience et non plus un au delà du monde. En se réduisant aux processus de la culture, la surnature à son tour s’incarne en l’homme. Doit-on interpréter autrement l’incarnation de Dieu en l’homme ?
Le monde surnaturel disparaît alors au profit d’un monde humain et uniquement humain, commun à ceux qui croient et à ceux qui ne croient pas. Pourvu qu’ils partagent cette logique d’abstraction qui leur fait rechercher la vérité de l’homme dans un au delà de sa nature, de son histoire et de sa conscience, qui n’est plus au delà de lui.
La différence entre croyants et non croyants repose alors sur le statut ultime que l’on donne à cette vérité. Mais la vérité est la même. Dans tous les cas: anthropologique.
Ne reste comme acte de foi pour le croyant que le postulat de la conscience inconnaissable du Dieu architecte à laquelle il peut décider de rendre grâces. Tout le reste entre dans le cadre d’une approche par les sciences de la culture.

Voila en quoi l’avènement de ces dernières inaugure une nouvelle ère pour les religions. En permettant à l’exégète, croyant ou pas, de s’affranchir des métaphores et de les réinterpréter. De définir leur portée (anthropologique, non naturelle, non historique), d’enrichir leur compréhension, leur transmission, leurs commentaires. D’abandonner le théisme, la superstition et l’obscurantisme médiéval.

écrit par Adrien Morel \\ tags: , , , ,

Juin 11

– Le débat sur la laïcité

écrit par Adrien Morel \\ tags:

Juin 11

– Un message à faire passer

– Le débat sur la laïcité dec 20, 2014

écrit par Adrien Morel \\ tags:

Nov 09

Vous trouverez ci-dessous un lien vers l’interview d’Adrien Morel diffusée dans l’émission Religions du monde sur RFI le 7 novembre 2010 et que l’on peut écouter sur le site de RFI à cette adresse:

http://rfi.my/9RX5sT

Dans cet entretien, Adrien Morel développe la thèse suivante:

Et si l’athéisme n’était pas la fin de la religion mais  sa forme la plus aboutie ?

écrit par Adrien Morel