Juin 22

Différents aspects des relations entre la religion et l’histoire

(Extrait des pages 292 à 294 de Dieu & l’Homme, d’Adrien Morel).

Les religions traitent d’anthropologie, mais les églises, qui les interprètent sont nécessairement inscrites dans une société et dans une époque et à ce titre évoluent dans une dimension politique.
De ce fait, l’anthropologie, la politique et leurs rapports sont l’objet de différentes interprétations, à partir desquelles il est possible de définir des partis religieux. Plus précisément, la définition de ces partis se réduit en dernier lieu à leur conception de la surnature (ou de la transcendance).
Cela nous permet de distinguer sur les questions de religion des positions réactionnaires et progressistes. Ou, pour l’écrire autrement, une droite et une gauche :
A partir de leur conception de la surnature, nous définissons ainsi, indépendamment de la religion, une droite et une gauche. Peut être même des religions de droite et des religions de gauche.

Les éléments de cette alternative sont récapitulés dans le tableau ci-dessous.

Dans la colonne de gauche nous trouvons le dogme avec les deux aspects de son élaboration et de sa vérité. Dans les autres colonnes, les positions respectivement de la droite et de la gauche sur ces deux aspects.
Sur la ligne du bas les conséquences de ces positions sur les possibilités d‘évolution historique des religions.

Dogme Droite Gauche
Elaboration transcendante historique
Vérité historique transcendante
Evolution possible           –          +

Pour la droite : le dogme résulte de l’élaboration transcendante (hors histoire, révélée) d’une vérité historique.
Pour la gauche : le dogme résulte de l’élaboration historique (par les hommes) d’une vérité transcendante (hors histoire : anthropologique).

Gauche: admettre la dimension historique de l’élaboration du dogme c’est admettre qu’elle est d’origine humaine et surtout à partir de là, qu’elle peut continuer à évoluer.
Droite : la refuser c’est vouloir enfermer le dogme dans un état figé, arrêté une fois pour toutes à une époque historique érigée en canon.

Droite : vouloir mettre la vérité dans l’histoire, c’est refuser toute contradiction, tout écart, entre vérités historique et dogmatique. Cela condamne le dogme à exploser dès que les découvertes historiques le remettent en cause : virginité de Marie, fratrie de Jésus, descendance de Jésus, etc.
Gauche: mettre la vérité hors de l’histoire, c’est rechercher sa dimension anthropologique. Atteindre l’universel de l’homme, au delà de ses avatars et relativités historiques. Surtout : indépendamment de la façon pseudo historique dont la présente le dogme, interprétée comme une métaphore.

Pour nous, la transcendance est avant tout une opération logique d’abstraction. Cette opération dissocie la surnature, de la nature et de l’histoire. Pour aboutir à définir la surnature comme un registre indépendant. Transcendant par rapport à la nature et à l’histoire. C’est à dire hors d’elles et au dessus d’elles. En théorie, ces trois registres n’ont donc pas à  se rencontrer, ou tout au moins n’ont pas à se confondre.

C’est donc tout simplement à partir de leur conception de la surnature, et de ses relations avec les deux autres registres, nature et histoire, que nous pouvons définir, indépendamment de la religion, cette droite et cette gauche. Et même des religions de droite et des religions de gauche.

La droite se caractérise en ne menant pas jusqu’à son terme cette opération d’abstraction. Dans son interprétation, la surnature reste engluée à la fois dans la nature et dans l’histoire. La droite conserve en effet, comme nous l’avons vu dans les chapitres précédents, une conception naturaliste de la morale et historique de la vérité.
L’interprétation réactionnaire de la religion s’arrête ainsi en route et faute d’avoir abstrait la surnature, la chosifie. Tout en la laissant prise dans des lambeaux de nature et d’histoire. Aboutissant à cette conception à la fois surnaturelle de la religion, et réduisant l’homme à son animalité, en verrouillant toute historicité du dogme.

A l’inverse, l’interprétation que je qualifie de progressiste pousse jusqu’à son terme l’abstraction de la surnature et l’autonomise ainsi complètement de la nature comme de l’histoire.
La surnature ainsi considérée est prête pour le changement de paradigme autorisé par les sciences de la culture qui nous fait la réinterpréter comme un au delà de la conscience et non plus un au delà du monde. En se réduisant aux processus de la culture, la surnature à son tour s’incarne en l’homme. Doit-on interpréter autrement l’incarnation de Dieu en l’homme ?
Le monde surnaturel disparaît alors au profit d’un monde humain et uniquement humain, commun à ceux qui croient et à ceux qui ne croient pas. Pourvu qu’ils partagent cette logique d’abstraction qui leur fait rechercher la vérité de l’homme dans un au delà de sa nature, de son histoire et de sa conscience, qui n’est plus au delà de lui.
La différence entre croyants et non croyants repose alors sur le statut ultime que l’on donne à cette vérité. Mais la vérité est la même. Dans tous les cas: anthropologique.
Ne reste comme acte de foi pour le croyant que le postulat de la conscience inconnaissable du Dieu architecte à laquelle il peut décider de rendre grâces. Tout le reste entre dans le cadre d’une approche par les sciences de la culture.

Voila en quoi l’avènement de ces dernières inaugure une nouvelle ère pour les religions. En permettant à l’exégète, croyant ou pas, de s’affranchir des métaphores et de les réinterpréter. De définir leur portée (anthropologique, non naturelle, non historique), d’enrichir leur compréhension, leur transmission, leurs commentaires. D’abandonner le théisme, la superstition et l’obscurantisme médiéval.

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écrit par Adrien Morel \\ tags: , , , ,

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