Déc 31

Texte extrait de Sciences de l’Homme & Métiers de l’Humain

tome 3 : Du général à l’universel

L’intégrisme est la conception de la morale fondée sur la réduction de l’homme à son instinct. Le totalitarisme est la réduction de la société à la fourmilière ou à la ruche. Les deux ont en commun la négation, la perte, de la dimension culturelle de l’humain par sa réduction à une conception naturelle, animale, de l’homme.

La nature et les sciences de la nature, dont nous avons vu que la surnature est le corollaire, déterminent, quand on les prend comme référence pour organiser les sociétés humaines, des sociétés totalitaires. Un ordre rigide, im­muable, réactionnaire, accessoirement masculin, et qui se pense éternel, d’autant plus qu’il se veut fondé sur des lois qui précisément prétendent dépasser la logique et la légi­timité humaine, en étant d’origine soit « naturelle», soit « surnaturelle ».

Face à cette logique totalitaire, les sciences de la culture, qui prennent en compte la dimension spéci­fique de l’homme, en la sortant de la nature et en la retirant à la surnature, introduisent la relativité et l’historicité.

Positivisme, intégrisme, et totalitarisme ont en com­mun la réduction de l’homme à une dimension naturelle, à une logique naturaliste. L’intégrisme étant la conception positiviste de la morale, et le totalitarisme la conception positiviste de la société.

Toute conception naturaliste de l’homme à l’époque des sciences de la culture est, par définition, anachronique et rétrograde. Car elle passe à côté de ce qui constitue, caractérise et définit l’homme.

De là l’intérêt et la nécessité de dissocier les niveaux, nature et culture, et les sciences qui en traitent. Malheu­reusement, l’humanisme n’en est pas encore là. Pour l’es­sentiel, l’humanisme est encore très naturaliste. En ce qui concerne les droits de l’homme, par exemple, on parle encore de « droits naturels ». cf. également ce que nous avons évoqué à propos de l’intelligence, en tant que capacité supposée « naturelle », avec tous les préjugés que cela implique, dans sa définition, comme dans sa « mesure », etc., avant même de l’avoir rencontrée.

Les excès et les dérapages pseudo scientifiques de tous les tyrans du XXe siècle, qui ont cherché à bâtir, au nom de la science, qui un « homme nouveau », qui une « race supérieure », ont dé­tourné les humanistes de toute velléité authentiquement scientifique, dans la recherche d’une compréhension de la dimension culturelle de l’humanité.

C’est dommage. Car faute d’avoir jusqu’à présent théori­sé la nécessité d’un changement de registre scientifique pour accéder à la compréhension de l’humain, l’huma­nisme est resté prisonnier d’un antiscientisme primaire.

L’humaniste bon teint ne veut plus entendre parler de « sciences humaines ». À la rigueur de sciences sociales, descriptives et relativistes.

Paradoxalement, les sciences de la nature sont consti­tuées, par les humanistes, comme le modèle de la science. Et l’homme, dans la dimension culturelle qui caractérise son humanité, est considéré comme échappant à toute ap­proche scientifique. L’humanisme consacre ainsi dans la science le triomphe du naturalisme. Complété, en dehors d’elle, par une théologie ou une philoso­phie qui produisent essentiellement de la morale. Le som­met de l’humanisme étant localisé dans la philosophie des lumières, l’humanisme, dans sa conception de l’homme, est resté arrêté au XVIIIe siècle.

Du coup, les freins étant bloqués, et ne croyant plus dans un progrès social qui viendrait de la science — à juste titre, celle-ci étant confondue avec les sciences de la nature — l’époque a jeté l’éponge et abandonné le combat scien­tifique sur un arrêt du match.

Cet arrêt constitue la panne actuelle de la société occidentale. Au-delà des sciences de la nature, point de science. Chacun pense ce qu’il veut et comme il peut. La place est donc libre pour le retour des idéologies les plus rétrogrades, dans le domaine politique comme religieux.

À défaut de sciences de la culture, l’humain est donc abordé par la conjonction de la biologie pour la dimension naturelle et des sciences sociales pour le reste. Biologie et sciences sociales se rencontrent dans la médecine. Où la politique et la morale reviennent discrètement sous une forme naturaliste et édulcorée, à travers l’humanitaire et la santé. L’humanitaire, c’est la politique vue par les méde­cins, qui interviennent sur les lieux où l’intégrité physique des personnes est menacée. La santé, c’est la morale vue par les médecins. Au nom de laquelle on ne doit pas manger ceci, fumer ou boire cela, ni conduire au-delà d’une certaine vitesse.

Pour le reste, débrouillez-vous. Chacun fait comme il peut et on ne croit plus en aucun système.

Dans la fin de cycle de la civilisation que nous vivons actuellement, cet arrêt de la science dans sa forme du XVIIIe siècle, postulé par l’humanisme est objectivement obscurantiste.

Je considère les sciences de la culture, telles que l’an­thropologie clinique les définit, comme une alternative et une issue pour remettre en route et la pensée et la civilisa­tion.

Suite page 147

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écrit par Adrien Morel \\ tags: , ,

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