12-La succession des types religieux : d’abord l’animisme

On distingue classiquement plusieurs types de religions. Certaines sont plus anciennes que d’autres, elles ne se sont pas forcément succédées dans les mêmes populations, elles ne constituent peut être pas les étapes d’une progression à l’intérieur de telle ou telle civilisation mais en constituent une à l’échelle de l’humanité.
Il existe des cultes préhistoriques qui ne sont pas suffisamment connus pour que l’on ait grand-chose à en dire, mais qui en constituent des étapes antérieures.

Je vais commencer par l’animisme. Ce mot vient du terme grec anima que l’on peut traduire par âme. L’animisme consiste dans l’attribution par l’homme d’une âme à son environnement. L’homme attribue une âme à toutes les entités qu’il identifie dans son environnement.

Le ruisseau a une âme, l’arbre a une âme, le gibier a une âme, et ainsi de suite. Autrement dit, l’homme a compris qu’il avait une âme, en tout cas il commence à se décrire comme ça. Et dans la foulée il en attribue une à tout ce qui bouge.

Même si morphologiquement le gibier ou l’arbre ne lui ressemblent pas, l’homme les crédite de sa propre subjectivité. Et il mettra assez longtemps à la leur retirer.

L’homme a en effet constaté que son environnement lui résiste. Qu’il ne se laisse pas faire. Quelquefois le gibier se laisse attraper, mais pas toujours. Quelquefois la cueillette est bonne, l’arbre a de nombreux fruits à offrir. Mais pas toujours. Quelquefois le temps est agréable, il fait beau. Mais pas toujours.
Quelquefois, heureusement le plus souvent, le volcan est tranquille et silencieux. Mais quand il lui arrive de se mettre en colère c’est terrible.

Bref, l’environnement de l’homme varie et l’homme attribue ces variations à une psychologie des éléments de cet environnement, qu’il assimile à la sienne.

La première explication du monde par l’homme consiste donc dans l’attribution au monde, par l’homme, de ses propres processus, de ses propres mécanismes psychologiques. Tels qu’il les comprend et tels qu’il se les représente. Voilà qui fournit le contenu de sa religion.

Par ailleurs, en même temps qu’elle explique, la religion fournit un moyen d’action sur le monde. Une fois qu’il a compris que les entités du monde extérieur ont des humeurs et qu’il en subit les conséquences, l’homme va chercher à amadouer ces entités. Il va chercher à attirer leurs bonnes grâces, à les disposer favorablement à son égard. A entretenir et à préserver de bonnes relations avec ces entités.
Il va leur faire des offrandes. Il va également faire avec elles comme il fait avec les autres hommes. Il va régler son comportement vis à vis d’elles. Il essaiera de leur être agréable, de leur faire plaisir, de ne pas les offenser. Pour s’attirer les bonnes grâces de toutes ces âmes, humaines et non humaines, l’homme va réguler sa conduite.

Vis à vis des âmes humaines cela va organiser sa société.
Vis à vis des âmes non humaines cela va organiser son commerce avec elles. Qui va prendre des formes différentes, car elles diffèrent de lui malgré tout. En particulier elles ne lui parlent pas.
Il va donc développer des rituels, pour s’adresser aux esprits de la nature. L’esprit du fleuve, celui du rocher, l’esprit de l’arbre ou du volcan.

La religion est donc, non seulement, le premier moyen par lequel l’homme explique le monde, mais également, le premier moyen par lequel l’homme cherche à agir sur le monde.
Sa première science et sa première technologie. A ceci près qu’il s’agit d’une technologie morale. C’est en réglant sa conduite vis à vis des esprits que l’homme espère agir sur eux.
Et quand ça ne marche pas, il est persuadé d’être puni. Parce qu’il a fauté. Commis une faute.
Le premier moment, dans cette relation anthropo-centrée de l’homme au monde, est donc pour l’homme de découvrir sa propre subjectivité et dans le même mouvement de l’attribuer au monde qui l’entoure.

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