13-Puis le retrait progressif de la nature

Et puis, progressivement, l’être humain va découvrir, que chaque buisson ne mérite peut être pas d’être crédité d’une âme. Peut être que l’homme va subir des injustices. Que certains jours il aurait mérité d’attraper le gibier et que pourtant celui-ci ne s’est pas laissé faire.

Où bien que la rivière a débordé, alors que lui, l’homme, n’avait rien fait pour mériter ça.
Il va finir par penser que chacun des éléments de la nature n’est pas « animé ». N’est pas doté d’une âme.
Les esprits vont alors s’abstraire des éléments naturels, ils vont s’en retirer et s’en éloigner. Il y aura bien toujours des esprits de la nature mais ils ne seront plus dans chaque entité, dans chaque élément perceptible. Ils s’en seront retirés.

Les esprits seront toujours dans la nature, mais dans des endroits progressivement plus retirés et plus éloignés. Souvent des sites singuliers, spectaculaires et inaccessibles.

Ceci amorcera un mouvement d’abstraction, de retrait et d’éloignement.

De changement de nature également de ces entités. L’esprit du volcan ou de la rivière s’autonomisera du volcan ou de la rivière. Jusqu’au moment ou ces esprits deviendront des divinités, indépendantes du volcan ou de la rivière. Des entités, logées quelque part dans la nature, dans des endroits inaccessibles et qui deviendront sacrés.

Simultanément, parallèlement à ce lent et long mouvement de retrait et d’abstraction des esprits dans la nature, la compréhension que l’homme a de lui-même va évoluer. Il va progresser dans la compréhension de sa propre psychologie.

Il va cesser de s’attribuer à lui-même et d’attribuer à ces divinités une simple subjectivité avec une âme et des humeurs. Il va déployer pour lui-même et pour ses Dieux une véritable psychologie.

Mettons que nous arrivions là au stade du poly-théisme. Les Dieux du panthéon grec vivent encore dans le monde sensible, dans le monde perceptible. Les grecs logeaient leurs dieux sur le mont Olympe. C’est-à-dire un site naturel extraordinaire. Impressionnant et inaccessible. Et si un jour il était devenu accessible, entre temps il serait devenu sacré. C’est-à-dire interdit d’accès. Physiquement à portée, mais légalement prohibé.
Les populations polythéistes continuent à expliquer les avatars de leur existence humaine et de leurs relations avec le monde qui les entoure à partir d’un arbitraire divin. Ce sont les dieux qui sont à l’origine de la mauvaise récolte, de la maladie d’un proche, de la bataille perdue, ou du cataclysme naturel. Il faut donc continuer à les amadouer. La religion sert donc toujours à la fois à expliquer le monde et à agir sur lui. Mais l’explication a changé de nature.

A la subjectivité initiale et à la mécanique simple des humeurs de l’animisme s’est substituée une véritable psychologie. Le monde, humain et non humain, est, dans le polythéisme, régi par les scènes de ménages surnaturelles.

J’emploie le mot surnaturel ici, en précisant que dans le polythéisme, la surnature n’est pas hors de la nature. Elle est localisée dans des endroits particuliers, spectaculaires et difficilement accessibles, mais qui sont toujours situés dans la nature.

Donc les dieux, par exemple ceux du panthéon grec, sont à l’image de l’humanité. A l’image de la façon dont les hommes, à ce moment là, se comprennent eux même et se représentent eux même. C’est de leur propre psychologie que les hommes créditent les Dieux et il s’agit cette fois d’une véritable psychologie. Les Dieux sont jaloux, mesquins, amoureux, etc. entre eux et vis à vis des hommes, à qui ils font subir arbitrairement leur toute puissance.

Nous sommes toujours dans cette logique dans laquelle la religion explique le monde, humain et non humain. Ainsi que les relations de l’un avec l’autre. On est dans une explication qui est à la fois globale, unique pour l’ensemble des phénomènes et qui surtout consiste dans une explication du monde par l’homme. L’homme projette sa propre psychologie dans le monde et explique le monde par elle. Il explique le monde en le créditant, à travers les Dieux, de sa propre psychologie.

Entre temps, depuis l’animisme, on a simplement changé de psychologie.

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