14-Deux remarques

La religion est une psychologie, quelle que soit la religion. Ce qui change ce sont les modèles théoriques, les images utilisées pour élaborer cette psychologie : les métaphores. La religion est une théorie de l’homme par l’homme qui est étendue à l’ensemble du monde. Et attribuée au monde non humain.

A ce stade nous pouvons faire deux remarques :
– Premièrement, spontanément, à ses origines l’homme explique la totalité du monde avec un seul système théorique. Le même modèle permet d’expliquer l’humain et le non humain et ce modèle est une psychologie. Ce mécanisme, ce mouvement, par lequel l’homme projette sa propre psychologie, telle qu’il la comprend, dans le monde, est celui qui constitue la religion. Qui lui donne son contenu. Ceci est vrai pour toutes les religions, nous aborderons le monothéisme ensuite.
A partir de là, par la force des choses, pour comprendre le monde, pour faire la science ou les sciences du monde non humain, il faut commencer par libérer ce monde de la psychologie que l’homme, par la religion, a projetée sur lui.
Il faut retirer du monde la psychologie humaine pour pouvoir découvrir les règles propres qui le régissent, lui, le monde. Pour développer la physique il faut retirer du monde la psychologie qui à travers la religion l’expliquait jusque là. Il faut faire reculer le sujet pour atteindre une connaissance objective du monde. Il faut faire reculer l’anthropomorphisme pour faire avancer la science.
La religion est une psychologie et cette psychologie est projetée sur le monde. La science se gagne contre la religion. Cette conquête est une dé-psychologisation du monde non humain.
Il faut faire reculer l’homme, ou plus exactement il faut faire reculer ce que l’homme projette de lui hors de lui, pour faire avancer la science. Les autres sciences. Les sciences du non humain. Les sciences de la nature.
Ce mouvement de la science est celui par lequel l’homme progressivement va se différencier du monde non humain. Il va découvrir que ce monde obéit à des lois qui lui sont propres et qui ne sont pas les siennes. Et dans ce monde il va découvrir des ordres différents de réalité. Il va par sa science identifier et comprendre : le monde minéral, différent du monde végétal, différent du monde animal, etc.

Tous et chacun différents de lui. Chacun non humain, à sa manière.

Au fur et à mesure que chacun, comme objet d’étude sera arraché à la religion, il sera distingué de l’humain. Différencié de lui. La conquête de la science est celle d’un arrachement à la religion d’éléments qui sont, au fur et à mesure, définis et compris comme autant de registres différents entre eux et différents de l’homme. C’est donc à chaque fois une conquête par l’homme dans la compréhension de ce qu’il n’est pas.
Chaque nouvelle science est l’occasion pour l’homme d’avancer dans la compréhension de ce qu’il n’est pas, au fur et à mesure que cette tranche est retirée de la religion.
Mais un jour ou l’autre il va falloir que l’homme comprenne ce qu’il est. Et un jour ou l’autre, à force d’en retirer, il ne restera plus que de l’humain dans la religion. Ce jour là peut être qu’on pourra faire les sciences de l‘homme. Il suffira de prendre ce qui reste dans la religion quand on en aura retiré toutes les autres sciences. Et je crois qu’on n’en est pas loin.
– Deuxième remarque : depuis toujours, pratiquement depuis qu’il est humain, par l’entremise de la religion, l’homme s’explique lui-même à partir de l’extérieur.

Il développe une compréhension de lui-même, une psychologie.
Puis il dédouble cette psychologie en en attribuant une version, si je puis dire, à des entités -les Dieux- qui sont hors de lui et au dessus de lui.

Et c’est par cette psychologie qui est hors de lui qu’il se sent déterminé.
L’homme n’explique pas son destin, les aléas de sa vie personnelle à partir de sa propre psychologie individuelle, mais à partir d’une psychologie humaine extérieure à lui et à l’arbitraire de laquelle il se trouve soumis.
L’homme développe ainsi deux niveaux. Une compréhension de ses propres mécanismes et un dédoublement par lequel il les attribue à d’autres -ses dieux- dont il reçoit son destin.
L’être humain se pense depuis toujours comme étant soumis à cette légalité, supérieure et extérieure à lui, et dont il reçoit son destin. Par laquelle il se sent déterminé.

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