15-La naissance de la science

Reprenons le mouvement des religions. Dans le polythéisme, les Dieux ne sont plus dans l’arbre ou dans le ruisseau. Mais dans la montagne, ou le volcan, ou la cascade. Les Dieux se retirent, ils s’éloignent et ils s’abstraient. Ce mouvement va se poursuivre. Et il se poursuit au fur et à mesure et en même temps que l’homme commence à découvrir que son environnement est soumis à d’autres lois que les siennes.

En cessant de créditer la nature de sa propre psychologie, l’homme va découvrir que la nature a ses propres lois. Qui ne dépendent pas de lui et qui sont indépendantes de lui. Mais alors d’où viennent ces lois ?
Les théologiens du monothéisme présentent la naissance de celui-ci comme issue d’une démarche scientifique.
C’est extraordinaire comme on rencontre la science à tout bout de champ dès qu’on évoque la religion.
De quoi s’agit-il ? En observant la nature, l’homme va commencer à y repérer des règles. D’abord sous la forme de rythmes, de répétitions, de cycles. Le cycle des saisons qui se suivent et se répètent. Donc le cycle des années. Les cycles de la vie. La naissance, la maturité, la mort. Dans l’environnement naturel, le lien entre les saisons et les cycles végétaux. Chez les animaux, la succession des états entre la naissance et la mort. Leur reproduction. Le lien de ces différents cycles entre eux. Animaux, végétaux, naissance, printemps.

Il s’agit d’une démarche d’observation, de repérage de répétitions, de régularités. Puis d’établissement de corrélations. Entre des phénomènes éventuellement différents.
Par exemple, les liens entre, dans une saison, la fréquence respective du soleil et de la pluie et dans la saison suivante, la plus ou moins grande abondance de nourriture disponible. A une époque ou l’homme vit de chasse et de cueillette.
Quelle que soit la discipline, cette démarche d’observation, de description, de repérage de règles, de répétitions ou de corrélations, est la première étape de la démarche scientifique. On observe, on décrit.

Ce n’est que dans un second temps, qui peut ne se produire que très longtemps après, que la science prend la forme moderne que nous lui connaissons. C’est-à-dire qu’elle ne se contente plus de décrire, mais qu’elle démonte.
Vient un moment où l’on ne se contente plus de décrire les plantes et de les classer en fonction de la forme de leurs feuilles, mais où l’on comprend leur physiologie. Ce jour là on est dans la démarche d’une science, dans le sens moderne que l’on donne à ce mot.

Mais la première étape, précédente, est celle de l’observation et de la description. Qui comporte un premier repérage, une première découverte, de relations entre les éléments ou les événements observés.
Et cette première modalité de la connaissance est celle qui va permettre l’agriculture. Grâce à elle, l’homme va progressivement pouvoir cesser de chasser et de cueillir pour élever et cultiver.

Ce mode de connaissance a perduré jusqu’à nous, au moins dans les populations qui sont en rapport avec la nature. Cela s’exprime sous la forme de règles. Du type : « Noël au balcon, pâques au tison ». Ou bien : si le vent vient du nord aujourd’hui, demain il va pleuvoir. Ou bien au contraire : si le soleil est rouge au couchant, demain sera une belle journée.
Et vous en connaissez certainement beaucoup d’autres, de ces règles, qui s’expriment souvent sous forme de proverbes ou d’aphorismes. Sur les saints de glaces, etc. Dans ce sens, le proverbe, la formule de type « Noël au balcon, pâques au tison » est en quelque sorte l’ancêtre de la loi scientifique. Cet ancêtre est une règle, ce n’est pas encore une loi.
On comprend bien avec l’exemple de la météo que repérer ces régularités, ces corrélations, se fait bien avant que l’on soit en mesure d’expliquer les phénomènes.
C’est ce que j’appelle la connaissance de l’agriculteur. Celui-ci la déploie dans son rapport à la nature, mais on retrouve le même type d’approche à l’origine de toutes les sciences. Je vais donc garder le mot pour désigner par analogie les approches comparables dans les autres disciplines.

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