16-Les trois moments de la science

L’histoire des rapports entre les sciences et les religions est finalement l’histoire d’une démarche que l’on peut qualifier d’un bout à l’autre de scientifique. Au sens où l’homme cherche en permanence, et depuis toujours, à expliquer le monde. Mais les modalités de sa science évoluent au cours de l’histoire et passent par différentes étapes. J’en identifie trois, que je vais récapituler.
– Dans un premier temps, comme on l’a vu, l’homme découvre sa propre psychologie puis la projette sur le monde pour expliquer celui-ci. L’explication du monde est religieuse.

– Puis l’homme va retirer du monde sa propre psychologie et découvrir, dans ce monde, des règles qui lui sont propres. Cette seconde étape est celle de la connaissance empirique. L’homme observe, décrit, repère ces règles. C’est l’étape que j’appelle de l’agriculteur.

– Puis, longtemps après, va arriver, dans une troisième étape, la science dans la conception moderne que l’on en connaît. C’est en quelque sorte la génération de l’agronome.

On peut qualifier ces trois étapes de sciences de type un, deux ou trois. Seul le type trois mérite le nom de science selon la définition moderne de ce terme. Mais depuis le début, l’homme cherche à comprendre le monde qui l’entoure. Sa démarche est donc scientifique, même si elle n’aboutit pas d’emblée à cette forme moderne de la science, à laquelle seule, nous reconnaissons ce titre de science.

La science de type un, la première vague de connaissance, de tentative d’explication du monde, est celle de la religion. L’homme projette sa propre psychologie autour de lui, telle qu’il la comprend et cherche à tout expliquer avec. C’est l’explication religieuse.

Puis la religion reflue. Elle s’éloigne et s’abstrait et libère ainsi des territoires. Qui sont alors conquis par une science de type deux. Que j’ai appelée la connaissance de l’agriculteur.

Quand je parle de science de l’agriculteur, cela n’a rien de péjoratif. Je fais référence à l’agriculteur préhistorique. Celui qui a commencé à isoler des événements et à repérer des relations entre eux. Des corrélations. Si le vent vient du nord, demain il fera froid. Mais pourquoi le vent vient-il du nord ? Cela la science de l’agriculteur ne l’explique pas.
La connaissance de type deux repère des règles, des régularités. Ce ne sont pas encore des lois. Ce sont juste des associations. Vent du nord / froid. Gel au printemps / pas de récolte. La connaissance de type deux observe et décrit.

Elle n’explique pas encore. Les règles et les corrélations observées sont strictement descriptives, elles ne sont pas encore explicatives.

L’explication, le niveau explicatif, n’arrivera qu’avec la connaissance de type trois : celle qui correspond à la définition actuelle de la science.

La science de type deux est celle de la règle (observée). La science de type trois est celle de la loi (explicative).
Si on prend l’exemple de la botanique, on a commencé à décrire les plantes, et à les classer, en fonction de leur morphologie, du nombre ou du type de leurs feuilles, de leur mode de reproduction, ou que sais-je, bien longtemps avant de comprendre leur physiologie.

La science de type deux décrit. La science de type trois démonte. Mais elle vient après.

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