2-La dimension individuelle et la dimension politique de la religion

Il se passe donc en ce moment quelque chose sur le terrain de la religion. Et quelque chose qui semble concerner tout le monde. Croyant ou pas.

J’y vois deux aspects. Une dimension individuelle, personnelle, qui est le désarroi de l’athée, depuis qu’il n’a plus rien en quoi croire. Les philosophes écrivent depuis quelques décennies des livres très savants sur ce phénomène. Ils nous parlent de désespérance, de désenchantement, de décroyance.

En un mot, le citoyen des sociétés modernes ou même post modernes est désemparé. Désemparé, parce qu’au début quand il a cessé de croire en Dieu, il lui restait la science. Et pour certains le parti. Mais maintenant, ce citoyen des sociétés que l’on appelle, pour cette raison, post modernes, ne croit plus en rien. Ni dans la politique, ni dans la science, ni dans le progrès qu’elle aurait pu lui apporter.

Il est donc condamné à bricoler.

La plupart se contentent de s’abandonner à une espèce de jouissance individuelle, de consommation des biens que la société – sur ce point performante – offre en mirage à leur boulimie.

Nombreux également sont ceux qui cherchent des réponses à une spiritualité, tout aussi avide, tout aussi boulimique, et qui -sans jeu de mot- tourne, elle aussi, à vide.

Jamais on n’a autant vu fleurir en occident les anciennes formes de nos religions traditionnelles. Par anciennes formes j’entends des formes intégristes, réactionnaires qui étaient marginales il y a trente ans et qui occupent le devant de la scène aujourd’hui.

Jamais on n’a autant vu non plus d’emprunts, à des spiritualités exotiques. Des religions venues d’ailleurs – je pense par exemple au bouddhisme – et qui se déploient spectaculairement pour répondre à cette quête éperdue de sens du citoyen des démocraties.

Parce que dans l’affaire, les religions traditionnelles ont perdu des « parts de marché ».

En outre, en dehors de ce recours à des formes de religions exotiques, ou traditionnelles, on assiste à un déploiement de bricolages individuels. De ce point de vue, la religion est devenue effectivement un marché, sinon un supermarché. Chacun prend, emprunte, utilise à sa guise des matériaux qui lui conviennent et qu’il a trouvé ici ou là.

Et je ne parle pas de la prolifération de toutes les offres de « développement personnel », de coaching. Qui sont autant de tentatives de réponses ou tout au moins d’offres de prestation pour répondre à ce besoin de sens, individuel, qui génère une véritable économie. Cette demande est devenue solvable. Une offre de prestations s’est développée pour y répondre.

Quant à ceux qui ne trouvent pas de solutions ou de réponses dans la spiritualité sauvage ou le développement personnel, ils vont les chercher dans les addictions.

On n’a jamais, non plus, autant parlé d’addictions. A tout ce qu’on peut imaginer. L’alcool, la drogue, la nourriture, le jeu, l’argent, l’achat compulsif, l’information même ou la consultation médicale. Avant la mise en place des médecins référents en France, il y avait des personnes qui consultaient cinq, six médecins différents, la même semaine, pour le même problème. Leur addiction, c’est la consultation médicale.

D’un coté il y a donc cette demande individuelle.

De l’autre une dimension que je qualifierais de plus politique. Qui fait que la religion sert de justificatif à des prises de positions dans la société. Sur tel ou tel aspect de son organisation, de son évolution, de ses moeurs.

Je ne vais pas en faire la liste. L’avortement, la virginité, le mariage des uns ou des autres, le voile, le rôle et la position respective des hommes et des femmes dans la famille et la société … Ces sujets et, sur ces sujets, les prises de positions qui sont faites au nom de la religion ont un impact immédiatement et directement politique.

Il n’est donc plus possible aujourd’hui pour les athées de se contenter purement et simplement, ne croyant plus à la religion, ou plus exactement ne croyant plus en son origine surnaturelle, il n’est donc plus possible, pour les athées, de se contenter de se désintéresser de la religion. De simplement lui tourner le dos. De l’abandonner sans condition à ceux qui y croient.

Parce que la religion les poursuit, dans leur vie privée, comme dans leur environnement politique.

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