7-La Renaissance

Que s’est-il donc passé à la Renaissance qui a bouleversé la vision que l’on avait du monde ?

La naissance des sciences de la nature.

C’est à la Renaissance qu’est apparue la conception moderne que l’on a de la science. Plus précisément à travers l’apparition puis le développement des sciences de la nature. C’est un philosophe anglais, Francis Bacon[1], qui en a théorisé la possibilité.

Bacon a arraché la nature à la théologie en posant les premières bases de ce qui devait en être une approche par la science. Il a ainsi inauguré la possibilité d’un savoir scientifique, sur la nature, qui est devenu ce que l’on en connaît aujourd’hui.

Quand j’écris arraché la nature à la théologie, je fais référence au fait que le savoir premier préalable à tous les autres savoirs humains est celui de la théologie.

Dans toutes les sociétés l’être humain a commencé par expliquer le monde à partir de la religion.

La religion a servi à tout expliquer. L’homme lui-même, sa fatalité, son destin, sa vie, sa mort et tous ses avatars. Mais également le monde non humain. Les saisons, les bonnes ou les mauvaises récoltes, les événements climatiques, les éruptions volcaniques, etc. L’homme expliquait tout par sa religion.

C’est pourquoi, à partir de cette position initiale de savoir total, que proposait la théologie, la science s’est progressivement créée ensuite en retirant des morceaux à la religion.

En conquérant des territoires sur la religion. En arrachant à la religion des pans entiers de ce que celle-ci expliquait, à sa manière, jusque là. Et qu’elle prétendait être la seule à expliquer.

Depuis toujours les relations entre la science et la religion sont donc forcément polémiques. C’est l’histoire d’un territoire qui est occupé d’abord par quelqu’un et qui ensuite est progressivement conquis par d’autres.

La religion est première. Et surtout elle est totale : elle explique tout.

Avant la science, pour les hommes, expliquer c’est donner un sens. Donner du sens. C’est le métier premier de la religion : elle donne du sens. Ce sens les hommes y croient.

Alors toute démarche qui va remettre en question ce sens préalable sera nécessairement mal perçue. Elle sera nécessairement vécue comme une agression, comme une intrusion. Cette remise en question d’une vérité considérée comme surnaturelle sera considérée par les autorités religieuses et par les croyants comme blasphématoire.

L’histoire des sciences et des religions est donc l’histoire d’un savoir initial entier, global, total, progressivement démonté par des disciplines qui viennent en arracher des éléments, des secteurs entiers. Pour les soumettre à d’autres systèmes explicatifs dont l’élaboration, historique, progressive a produit ce que nous appelons les sciences.


[1] Francis Bacon (1561-1626).

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