9-Nature, surnature et histoire

En ce qui concerne l’homme, les savants ont ainsi, à la suite de Bacon, progressivement, conquis la possibilité d’étudier le corps humain, son anatomie. Tout le monde a fini par admettre que l’étude du corps humain relevait d’une approche par la science naturelle.

Mais cela n’a pas été accepté du jour au lendemain. C’est une époque ou les savants allaient secrètement la nuit déterrer les cadavres dans les cimetières pour pouvoir les étudier. Contre la volonté de l’église et souvent contre l’opinion publique, que ces pratiques effrayaient. Quand ils étaient pris ils risquaient gros.
Avec le temps, cela a fini par être accepté. Les sciences naturelles ont pu prendre l’homme pour objet. Ou plus exactement, une partie de l’homme, son corps.

La religion n’a concédé et abandonné à la science naissante qu’un aspect de l’homme : la matérialité physique de son corps.

C’est à cette époque que l’on a dissocié le corps et l’esprit. En l’homme comme dans la totalité de la création, on a ainsi séparé nature et surnature.

Le corps de l’homme appartenait à la nature, donc relevait des sciences de la nature. Mais l’« âme » humaine, ou sa « psyché », ont été attribuées à la métaphysique. Soit la théologie et la philosophie.
L’homme, comme l’ensemble du monde, a ainsi été découpé à la Renaissance entre nature et surnature, entre corps et âme. Et sa connaissance, a été répartie entre la physique, pour le corps et la métaphysique, pour l’esprit.

Cinq siècles plus tard, nous en sommes toujours là. C’est en ce sens que nous sommes toujours inscrits dans un découpage du savoir qui a été mis en place à la Renaissance.

Pour être complet, je dois ajouter à ce découpage un troisième terme. Car les philosophes et les penseurs de ces temps révolus ont senti et compris, depuis longtemps, que quelque chose de l’humain apparaissait également et se manifestait dans l’histoire.
L’histoire, en tant que discipline, a été l’un des premiers modes d’approche de l’humain. Cherchant à appréhender celui-ci en dehors de la nature et d’un déterminisme naturel.

C’est pourquoi les départements d’histoire ont pris une telle importance dans les universités depuis la Renaissance jusqu’à l’époque actuelle.
D’autant plus que l’approche historique ne s’est pas cantonnée au passé. Elle s’est développée également vers les sociétés contemporaines, donnant naissance à ce que l’on appelle les sciences sociales. Qui sont ni plus ni moins qu’une histoire contemporaine.
Ce mode d’approche de l’homme reste, encore aujourd’hui, le principal, le mieux admis. A tel point que les sciences humaines sont souvent confondues avec les sciences sociales.

Tout de l’homme a ainsi été appréhendé dans une perspective historique. En particulier, la religion, quand elle n’est pas traitée en termes théologiques, l’est pratiquement exclusivement en termes d’histoire des religions.

Cependant la discipline historique, cherchant à comprendre à posteriori les enchaînements entre des phénomènes dont elle n’est pas en mesure d’expliquer l’origine, n’a jamais, malgré ses efforts méthodologiques, été véritablement reconnue comme une science, au sens plein du terme. Dans le sens que l’on donne à ce mot dans les domaines des sciences de la matière ou de la nature.

L’homme a donc été, en fait, découpé en trois à la Renaissance. Nature, surnature et histoire. Et nous en sommes toujours là aujourd’hui.

Share and Enjoy:
  • Print
  • Digg
  • StumbleUpon
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Yahoo! Buzz
  • Twitter
  • Google Bookmarks

Les Commentaire sont clos.